“Investissez à long terme et engagez-vous régulièrement”

“Nous venons de vivre quelques belles années boursières, l’économie continue d’afficher des résultats fondamentalement bons à de nombreux égards. Mais certains facteurs à risque vont éventuellement venir jouer les trouble-fête: les conflits commerciaux du président américain Trump et le règlement pour le Brexit qui se fait attendre.” Jan Van Hove, économiste en chef de KBC, fait une mise au point trois ans après son entrée en service.

En septembre, le professeur Jan Van Hove travaillera depuis trois ans comme économiste en chef de KBC. Sa mission d’enseignement à la KU Leuven a été limitée depuis lors. Mais il enseigne toujours l’économie européenne et internationale à ses étudiants le vendredi après-midi. “La vitesse du monde des entreprises est bien entendu fort différente de la perspective à long terme de la recherche académique, mais les deux se renforcent mutuellement. J’aime cette combinaison. Les étudiants l’apprécient également, ils aiment avoir des professeurs qui possèdent de l’expérience dans le monde des affaires.”

Les bourses sont très volatiles depuis la fin de l’année dernière. Comment expliquez-vous cette volatilité?

“Sur une période un peu plus longue – cinq à six ans –, nous avons connu une très bonne reprise des marchés boursiers après la crise. L’investisseur à long terme ne sera certainement pas mécontent. La fin de l’année dernière a été marquée par une volatilité suivie d’une correction au début de cette année et du retour d’une certaine volatilité à partir du mois de mai. La dépression à la fin de l’année 2018 était le résultat d’un certain nombre de facteurs à risque qui pourraient perturber gravement l’économie mondiale et engendrer une incertitude. Jusque-là, les marchés boursiers avaient en grande partie ignoré ces risques. Mais un léger ralentissement de l’économie américaine a apparemment réveillé tout le monde. Les guerres commerciales de Donald Trump ont des conséquences potentiellement majeures. Sans oublier le Brexit qui continue de traîner en longueur. Après plusieurs années de forte performance boursière, il est presque logique qu’une volatilité apparaisse en cas d’éventuelles mauvaises nouvelles.”

Cette volatilité va-t-elle se maintenir?

“Probablement, même si l’économie continue d’afficher des résultats fondamentalement bons. Les investissements des entreprises restent élevés dans toute l’Europe, surtout aussi en Belgique. Les entreprises font donc une analyse assez positive de l’avenir malgré toutes les incertitudes. Ce positivisme est lié au fait que l’emploi est bon. La création d’emplois est élevée dans toute l’Europe. Nous nous trouvons même dans une situation de pénurie sur le marché du travail, en Europe et certainement aussi aux États-Unis. Certains signes indiquent toutefois que l’économie américaine subit un léger ralentissement. Après des années de conjoncture particulièrement favorable, le pays est confronté à un ralentissement économique. Il s’agit du processus naturel d’un cycle conjoncturel. Une guerre commerciale qui fait que des exportateurs américains ont du mal à accéder au marché chinois, par exemple, peut alors provoquer un choc supplémentaire. Toutefois, je ne pense pas que nous soyons à l’aube d’un ralentissement drastique. L’économie américaine se porte toujours très bien. La croissance ralentira, mais elle ne s’arrêtera pas. L’économie européenne suit un rythme différent de croissance modérée. Si les conflits commerciaux devaient s’intensifier et si nous devions prendre la direction d’un Brexit dur, l’histoire serait alors bien entendu tout à fait différente.”

L’Italie qui ne respecte pas les règles budgétaires européennes et qui est confrontée à une dette élevée repré-sente-t-elle un facteur à risque?

“Oui, même si une certaine tolérance apparaît. Les marchés semblent bien digérer l’affrontement entre l’Italie et l’Europe et ils partent du principe qu’un compromis sera trouvé. À long terme, nous devons toutefois réaliser que l’Italie restera suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de l’économie européenne tant que le pays ne sera pas assaini et ne mènera pas des réformes structurelles. L’Italie ne sera probablement pas en mesure d’affronter seule cette restructuration et une solution européenne devra donc être trouvée. Voilà pourquoi il est important que nous ayons une nouvelle Commission européenne avec une vision claire de l’orientation qu’elle souhaite suivre pour l’Union européenne. La mise en place en Europe de grands projets d’investissement financés en partie par le niveau européen et éventuellement aussi par la dette est-elle négociable bien que ce ne soit pas le cas pour l’instant? Cette politique réduirait la pression exercée sur les États membres qui se trouvent dans une situation plus difficile, comme l’Italie et la Grèce. Certains pays y sont favorables tandis que d’autres s’en tiennent à la politique d’austérité préconisée par les Allemands durant la dernière décennie. Nous devons trouver un nouveau compromis européen.”

Serait-ce aussi une bonne chose pour notre pays?

“La dette publique en Belgique reste élevée. Le prochain gouvernement devra apporter des restructurations et la place pour une nouvelle politique sera très limitée. Une plus grande flexibilité au niveau européen en ce qui concerne les règles budgétaires serait certainement utile. Cette flexibilité accrue nous permettrait d’établir une trajectoire à long terme de réduction de la dette que nous devrons ensuite respecter. Quoi qu’il en soit, il reste nécessaire de réduire notre dette car la situation sur les marchés financiers va s’inverser à un moment donné et un endettement élevé constitue un problème majeur dans le cas d’une hausse des taux d’intérêt. La politique monétaire européenne de ces dernières années a permis de gagner beaucoup de temps pour offrir aux pays la possibilité de se réformer en profondeur. Mais apparemment, l’incitation n’était pas suffisante pour le faire réellement. Et pas seulement en Belgique.”

Professeur Jan Van Hove: "La stratégie générale en matière d’investissement s’applique aujourd’hui plus que jamais: investir à long terme et s’engager régulièrement. C’est sûr et ça rapporte tout de même de l’argent."
Professeur Jan Van Hove: "La stratégie générale en matière d’investissement s’applique aujourd’hui plus que jamais: investir à long terme et s’engager régulièrement. C’est sûr et ça rapporte tout de même de l’argent."

Le fait que nous prenions probablement la direction d’une longue période sans gouvernement fédéral constitue-t-il un problème majeur?

“Une période sans gouvernement n’a jamais été désastreuse. Vous maintenez un climat stable et aucun dérapage budgétaire ne peut avoir lieu. Un problème se pose toutefois lors de chocs économiques majeurs. En supposant qu’un Brexit dur devienne une réalité, un gouvernement en affaires courantes ne peut alors pas intervenir radicalement pour absorber le choc à court terme. Il est donc préférable que la création d’un nouveau gouvernement ne se fasse pas attendre trop longtemps.”

Les taux d’intérêt sont historiquement bas. Une hausse va-t-elle se produire à court terme?

“Rien n’indique pour l’instant que ce sera le cas. Les taux d’intérêt à court terme en Europe restent faibles car la politique monétaire reste très stimulante. Tant que la Banque centrale européenne ne relèvera pas les taux directeurs, en particulier le taux d’intérêt débiteur qui est négatif, les taux à court terme n’augmenteront pas. Les taux d’intérêt à long terme restent également bas et sont même encore en baisse. Vu que l’économie ralentit légèrement et que les facteurs à risque sont élevés, il est fort probable que les banques centrales du monde entier vont à nouveau encourager davantage les choses soit en réduisant les taux d’intérêt à court terme, soit en appliquant à nouveau un assouplissement quantitatif (QE ou Quantitative Easing) et en achetant des obligations. Ces deux instruments exercent un effet négatif sur les taux d’intérêt à long terme. Je pense que les taux d’intérêt resteront très bas et même peut-être négatifs durant quelques années encore, car les facteurs à risque vont continuer à jouer un rôle pendant un moment. Mais nous devons réaliser qu’un taux d’intérêt négatif n’est pas normal, Il signifie en effet the end of economics. Toutes nos activités de marché sont basées sur le principe selon lequel l’argent a un prix.”

Des jours meilleurs ne s’annoncent donc pas encore tout de suite pour les obligations.

“Les obligations continuent d’exercer une fonction stabilisatrice dans un portefeuille diversifié, même si vous ne pouvez pas obtenir un rendement. Nous constatons que la recherche d’un peu de rendement est si élevée que les produits risqués dans le monde obligataire ou plus généralement dans le monde à taux fixe sont également proposés à des rendements très faibles. Les taux d’intérêt à long terme grecs ont très fortement baissé alors que le pays affiche encore une dette publique équivalente à 180% du PIB. L’appétit pour les obligations d’entreprises est grand sans que les investisseurs ne réalisent les risques sous-jacents. Principalement sur le corporate bond market américain, la qualité d’une grande quantité de papier est tristement faible. Si un choc majeur devait survenir, il constituerait un problème majeur.”

Les obligations n’offrent aucun rendement, le marché des actions est volatil. Le compte d’épargne alors?

“Relativement parlant, un compte d’épargne offre un rendement élevé car vous devriez obtenir en fin de compte -0,4 pour cent. Dans les circonstances actuelles, il n’est pas illogique que les gens soient satisfaits avec le taux légal de 0,11 pour cent. Un épargnant manque bien entendu des opportunités, par exemple sur les marchés des actions. L’appétit pour le risque de nombreux investisseurs a quelque peu diminué d’une façon compréhensible ces derniers mois. Mais à long terme, il demeure raisonnable d’investir pour ne pas toujours perdre. Le conseil typique donné aux clients est de s’engager régulièrement. De cette façon, vous profitez de bonnes évolutions et une rechute ne constitue pas un problème car vous achetez alors aussi à des niveaux inférieurs. La stratégie générale en matière d’investissement s’applique aujourd’hui plus que jamais: investir à long terme et s’engager régulièrement. C’est sûr et ça rapporte tout de même de l’argent.”

Sur le plan économique, le changement climatique crée aussi de nombreuses opportunités.

Jan Van Hove, économiste en chef de KBC

La vision maison de KBC sur le dollar est négative depuis plus d’un an, alors que la devise devient de plus en plus forte. Quelle est la vision actuelle?

“Dans le passé, la stratégie de KBC Asset Management s’est concentrée sur les actions européennes, et surtout allemandes, en combinaison avec des investissements en euros. L’accent d’investissement est maintenant mis sur les États-Unis. L’économie allemande, surtout, est vulnérable aux incertitudes internationales, notamment aux conflits commerciaux – le pays en est doublement victime car il exporte beaucoup vers les États-Unis et vers la Chine – en combinaison avec des perturbations technologiques comme les nouvelles normes d’émission pour l’industrie automobile. Nous sommes devenus plus prudents avec l’Allemagne, alors que l’économie américaine reste très dynamique et pourrait faire face à un certain ralentissement. Si vous regardez le taux de change, le dollar a été fortement soutenu par une banque centrale très dynamique ces dernières années. Cette banque centrale a relevé les taux d’intérêt pour contrer quelque peu l’inflation et ralentir légèrement l’économie, soutenant ainsi le taux de change. Nous nous dirigeons maintenant vers une période au cours de laquelle la banque centrale américaine va réduire quelque peu les mesures de stimulation et abaisser les taux d’intérêt. À long terme, nous nous attendons à ce que l’Europe relève légèrement les taux d’intérêt, ce qui renforcera l’euro. Dans le taux de change, nous devons également tenir compte du facteur politique. Au moment où l’économie américaine commence à s’affaiblir et où les États-Unis sont en conflit commercial avec de nombreux autres pays, il serait étrange que le dollar reste aussi fort. Si Trump commence à raisonner les marchés et veut que le dollar baisse, cela aura un impact.”

Nous avons parlé de l’Europe et des États-Unis. Quel regard jetez-vous sur les marchés émergents?

“Les chocs sont plus nombreux dans ces pays. Mais à long terme, ils feront toujours mieux que les pays occidentaux. Les économies émergentes font partie de tous les portefeuilles, certainement dans une perspective à long terme, mais vous devez alors pouvoir vivre avec une volatilité beaucoup plus élevée. Vous n’avez pas toujours besoin d’investir directement dans ces pays, vous pouvez aussi le faire en achetant des actions d’entreprises européennes et américaines qui y sont très actives comme exportatrices ou productrices. De cette façon, vous prenez le train en marche.”

Quels pays sortent du lot?

“Les pays qui profitent du recul de la Chine, comme le Vietnam, le Cambodge et, dans une certaine mesure, l’Inde. En outre, l’Afrique est le continent qui affiche les chiffres de croissance les plus élevés. Pensez au Kenya et à l’Éthiopie. Il y règne évidemment parfois une incertitude politique, raison pour laquelle une diversification est très importante. L’Amérique du Sud est une histoire plus complexe. Les dettes y sont élevées, la politique économique oscille déjà de gauche à droite et les défis structurels restent importants. Le Chili constitue une exception. Le pays se porte très bien sur le plan économique et est fortement ancré dans l’économie mondiale.”

Quel regard jetez-vous sur les défis climatiques. Sont-ils une opportunité économique ou plutôt une menace?

“Les entreprises et les pouvoirs publics sont de plus en plus sensibilisés au climat, comme en témoigne leur gestion des risques. Néanmoins, je pense que nous sous-estimons l’impact du changement climatique. C’est certainement une menace. Les pouvoirs publics et les entreprises sont à la traîne avec une vision à long terme. Les politiciens ne regardent que quelques années en avant et les entreprises se préoccupent aussi principalement du court terme. Il sera crucial de mettre en place une transition progressive tant au niveau des pouvoirs publics que des entreprises et d’éviter des chocs majeurs. Sur le plan purement économique, le changement climatique crée bien entendu aussi de nombreuses opportunités. Des technologies environnementales seront nécessaires pour réaliser la transition. Et comme toujours, il y aura des gagnants et des perdants.”

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