L'UE cherche un nouvel équilibre dans ses relations commerciales avec la Chine
Cora Vandamme, senior economist KBC
Les relations commerciales entre l'UE et la Chine sont solides et importantes, mais la rupture de l'équilibre les met sous pression. L'UE souhaite fixer des limites, mais opte pour une approche diplomatique axée sur la coopération et la communication.
L’UE et la Chine entretiennent de solides relations commerciales bilatérales, caractérisées par d’importants flux mutuels de biens et de services. Ces relations ont été soumises à une pression grandissante ces dernières années. À l’époque où la Chine était encore l’usine du monde et fabriquait essentiellement des produits à faible valeur ajoutée, la menace pour l’économie de l’UE était limitée.
Ces dernières années, cependant, la Chine a progressivement réorienté sa politique industrielle sur le développement et la production de biens de haute technologie. Les relations entre les deux grandes puissances sont donc mises à rude épreuve, car la Chine est devenue un concurrent direct des industries phares de l’UE, tandis que le marché chinois reste largement fermé aux producteurs et investisseurs étrangers. De plus, l’UE s’inquiète de plus en plus de la puissance stratégique de la Chine, notamment en raison de l'étroite dépendance européenne vis-à-vis de ce pays pour les matières premières critiques nécessaires à la transition numérique et énergétique. L’UE cherche désormais à déterminer comment rééquilibrer sa balance commerciale avec la Chine sans pour autant se tirer une balle dans le pied. De son côté, la Chine a déjà clairement indiqué qu’elle prendrait des contre-mesures si l’UE passait à l'action.
Les conclusions prudentes de la réunion des dirigeants européens en juin montrent clairement que l’UE prend cette menace au sérieux. Cette réunion n’a pas débouché sur un plan de grande envergure assorti de mesures commerciales, mais sur une demande adressée à la Commission européenne d’étudier les instruments qui pourraient être mis en œuvre pour faire face à toutes sortes de menaces commerciales mondiales (officieusement, l'UE vise surtout la surcapacité industrielle de la Chine). L’UE souhaite clairement renforcer sa politique commerciale et industrielle, mais continue de souligner que la communication et la coopération restent le fondement de ses relations avec les autres pays, dont la Chine.
L’UE est submergée par les produits chinois
Le déficit commercial de l’UE avec la Chine dans ses échanges de biens s'est fortement creusé depuis les années 2000. Cette évolution n’a rien d’illogique, étant donné que l’activité économique progresse généralement beaucoup plus vite dans les économies émergentes que dans les économies développées. Le gros problème auquel l’UE est actuellement confrontée réside dans la forte hausse des exportations chinoises (et de plus en plus dans des secteurs économiques importants pour l’UE), alors que les importations ne suivent pas.
La classe moyenne chinoise s’est considérablement développée, mais les dépenses de ce groupe ne suivent pas le même rythme. Parmi les facteurs responsables figurent en outre la crise immobilière persistante dans le pays et le filet de sécurité sociale peu développé. Les consommateurs chinois restent prudents dans leurs dépenses et les producteurs écoulent trop peu leurs produits sur le marché intérieur. L’offre excédentaire de certains produits a en outre augmenté avec la politique d’investissement du gouvernement, qui a perturbé le marché, les objectifs stratégiques et les intérêts locaux ayant conduit à une surproduction. Face à cette surproduction, les producteurs chinois sont de plus en plus contraints de rechercher des débouchés à l’étranger. À cela s’est ajoutée l’année dernière la politique commerciale plus hostile de l'Amérique de Donald Trump, qui a poussé davantage les exportateurs chinois vers l’UE.
L’UE entend fixer des limites
De plus en plus, l’UE voit son industrie phagocytée par les importations chinoises et sa dépendance vis-à-vis de la Chine ne cesse de croître. Parmi les facteurs compliquant les relations avec la Chine figurent notamment les asymétries entre l’ouverture du marché chinois et celle du marché de l’UE, ainsi que les restrictions à la libre circulation de la monnaie chinoise.
De plus en plus, l’UE voit son industrie phagocytée par les importations chinoises et sa dépendance vis-à-vis de la Chine ne cesse de croître. Parmi les facteurs compliquant les relations avec la Chine figurent notamment les asymétries entre l’ouverture du marché chinois et celle du marché de l’UE, ainsi que les restrictions à la libre circulation de la monnaie chinoise.
L’UE a déjà lancé toute une série d’initiatives visant à diversifier ses importations de marchandises et à mieux protéger son marché intérieur, par exemple contre les importations de produits faisant l’objet de subventions excessives. La loi sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act), la loi sur l’accélérateur industriel (Industrial Accelerator Act), la loi sur la cybersécurité (Cyber Security Act), la loi sur l’industrie zéro émission nette (Net-Zero Industry Act) et la suppression de l’exemption "de minimis" pour les envois d'e-commerce d’une valeur inférieure à 150 euros en provenance de pays tiers en sont quelques exemples.
Contournement et mesures de rétorsion
Depuis pas mal de temps, l’UE se montre méfiante face aux tentatives présumées de la Chine de contourner ses mesures de protection. Elle s’interroge par exemple sur les motivations qui sous-tendent les investissements chinois de plusieurs milliards au Maroc, un pays avec lequel l’UE a conclu un accord de libre-échange étendu. L’UE craint en effet que ces investissements ne visent, au moins en partie, à acheminer la surproduction chinoise vers l’UE en passant par le Maroc, sans qu’une valeur ajoutée significative n'y soit créée. Or, cette dernière condition est essentielle pour que les produits relèvent de l’accord de libre-échange et puissent être exportés vers l’UE à taux zéro (cf. règles d’origine).
La Chine se gêne par ailleurs de moins en moins pour muscler ses déclarations et ses mesures visant à empêcher d’autres pays de durcir leur politique commerciale. Il suffit de penser à l’escalade rapide des droits de douane et des restrictions à l’exportation entre les États-Unis et la Chine en 2025. L’arsenal commercial dont dispose la Chine pour protéger ses propres intérêts s’est élargi. La Chine peut ainsi, par exemple, imposer des droits de douane ou des restrictions à l’importation. Au début de cette année, des avertissements indiquaient encore que le pays lancerait des enquêtes antidumping et antisubventions sur des marchandises en provenance de l’UE, notamment le vin français, si l’UE prenait des mesures commerciales à son encontre. Plus importante encore que cet instrument d’importation est la capacité de la Chine à restreindre, voire à paralyser complètement, les exportations de matières premières essentielles à la transition climatique et technologique.
L’UE maintient le dialogue
Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que la réunion des dirigeants européens consacrée à ce débat en juin 2026 n’ait pas débouché sur un vaste ensemble de nouveaux droits de douane, quotas ou restrictions commerciales. Cette réunion n’a toutefois pas été vaine. La Commission européenne a désormais pour mission d’examiner les mesures que l’UE pourrait prendre pour remédier à son déficit commercial "insoutenable" avec la Chine. Dans ce contexte, l’UE continue toutefois de privilégier la communication et la coopération. Dans ce cadre, un nouveau forum de concertation entre les deux blocs a été annoncé il y a quelques jours: le mécanisme de consultation sur le commerce et les investissements entre l’UE et la Chine (Trade and Investment Consultation (TIC). L’UE relève donc le gant, mais un gant de velours.
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