Criminalité et économie: y a-t-il un lien?

Ces dernières années, la criminalité a connu une remarquable baisse, en Belgique comme ailleurs en Europe. La criminalité est un phénomène complexe, avec bien des causes non économiques... mais il semble que la situation économique générale contribue à expliquer l'évolution des chiffres de la criminalité. Leur récente baisse s'explique ainsi peut-être en partie par l'amélioration de la conjoncture au cours des dernières années. La croissance économique réduit le désœuvrement et les tensions sociales entre citoyens, et pose ainsi les bases d'une société plus sûre.

Par rapport au pic de 2011, la criminalité enregistrée (vol, extorsion, vandalisme, drogues, atteintes à l'intégrité physique,...) a baissé de pratiquement 25% en Belgique. Le phénomène se produit également ailleurs en Europe. La tendance à la baisse a même débuté plus tôt dans l'UE qu'en Belgique, avec un bond provisoire en 2011-2013 (fig. 1).

Fig. 1 Nombre de faits criminels enregistrés par la police (indice 2000 = 100): UE – Belgique
(*) Uniquement les États-membres pour lesquels des chiffres sont disponibles pour toute la période
(**) Diminution au premier semestre par rapport à l'année précédente, en pourcentage, appliqué à toute l'année:

Source: KBC Economics, sur la base d'Eurostat et de la Police fédérale belge

Le passage à la cybercriminalité

Ce redressement s'explique par plusieurs facteurs, qui sont surtout liés à l'attention grandissante pour la sécurité: meilleure sécurisation des habitations et des voitures, prévention accrue, surveillance plus étroite des lieux publics en raison de la menace terroriste, utilisation de technologies comme la reconnaissance des plaques d'immatriculation,... Il est également possible que le glissement vers la cyber-criminalité ou la tendance accrue à gérer la criminalité au sein des entreprises mêmes par un service interne de sécurité jouent un rôle dans la diminution des cas enregistrés.

La ligne de démarcation et le signalement des crimes

Il est à noter que la baisse récente de la criminalité va de pair avec l'amélioration de la conjoncture économique. Le bond de la criminalité pendant la crise financière est également remarquable. La question pourrait dès lors se poser: la situation économique globale peut-elle contribuer à expliquer l'évolution des chiffres de la criminalité? Les conclusions de la littérature quant à un lien entre criminalité et économie ne sont pas totalement concluantes, mais pointent malgré tout vers l'existence d'un tel lien (voir par ex. F. Finklea (2011), “Economic downturns and crime”, CRS Report). Ce lien de causalité peut potentiellement jouer dans les deux sens. Lorsque l'économie est à la traîne, le chômage augmente. Moins de revenus, moins de cohésion sociale, et la tentation de la criminalité augmente. D'autre part, la criminalité entraîne coûts et victimes, ce qui peut amener à une réduction des investissements et des offres d'emploi, et dès lors à un ralentissement de la croissance. La criminalité, conjuguée notamment à la corruption, va miner la sécurité juridique, la stabilité politique et la qualité institutionnelle d'un pays, qui sont importantes pour la croissance potentielle de l'économie.

Fig.2 Lien entre le taux de chômage et la criminalité, par-delà les frontières (chiffres 2016)

Source: KBC Economics, sur la base d'Eurosat

Le lien entre criminalité et économie est, au bout du compte, une question factuelle. La fig. 2 montre déjà que sur une année donnée et par delà les pays, il n'y a pas de lien entre chômage et criminalité. C'est peut-être partiellement dû au fait que les chiffres de la criminalité ne sont pas aisément comparables entre les pays, en raison notamment des différences en matière de fiabilité et de reporting des chiffres ou de la propension à la déclaration au sein de la population. Par exemple, il est peu probable que, comme le montrent les chiffres d'Eurostat, la criminalité soit nettement plus élevée aux Pays-Bas que dans les autres États européens. Par contre, les citoyens ont manifestement davantage tendance à déclarer les faits.

La croissance comme remède à la criminalité

Mieux vaut dès lors examiner le lien entre économie et criminalité au fil des ans pour un pays ou une région donnés. La propension à déclarer des faits peut également fluctuer au fil du temps dans un même endroit, mais en moindre mesure. La fig.3 montre que l'évolution annuelle de la criminalité dans l'UE depuis le milieu des années 70 est parallèle à celle du PIB par habitant (approximation des revenus) et du taux de chômage. Dans les périodes de récession économique et de chômage en hausse, le nombre de faits criminels a explosé. La crise des subprimes en 2008-2009 a été la seule exception. Mais pendant la récession qui s'en est suivie, avec la crise de la dette publique, la criminalité a augmenté, avec il est vrai un décalage. À l'inverse, la criminalité a décru dans les périodes de contexte économique favorable. La conjoncture plus souriante, ces dernières années, a dès lors peut-être contribué à la baisse récente des chiffres de la criminalité. Pour la Belgique, les chiffres ne sont disponibles qu'à partir de 2002 , et les liens sont nettement moins convaincants (fig. 4).

Fig.3 Lien entre la situation économique et la criminalité en Europe (*)
(*) PIB par habitant et chômage: EU15 jusqu'en 1990, EU28 ensuite; criminalité: uniquement les pays de l'UE pour lesquels des chiffres sont disponibles.

Source: KBC Economics basé sur Eurostat et la CE (AMECO)

Fig. 4 Lien entre situation économique et criminalité en Belgique
(*) Criminalité: changement au premier semestre par rapport à la même période un an plus tôt

Source: KBC Economics, sur la base de la Police fédérale belge et de la CE (AMECO)

Il est vrai qu'il n'y a pas de véritable preuve de lien entre criminalité et économie, juste une indication. La criminalité est naturellement un phénomène complexe, avec bien des causes non économiques... mais la conjoncture économique peut aussi apporter quelque éclaircissement. Une économie au beau fixe est le socle qui permet de rehausser le bien-être des citoyens, sur le plan matériel mais aussi plus généralement. La croissance permet de maintenir le financement des prestations de base dans la société, et allège les tensions... ce qui constitue à son tour le socle d'une société plus sûre.

 

 

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