Solides fondamentaux intacts malgré la  correction boursière

Les Bourses ne parviennent pas à renverser la vapeur.La nervosité persiste.  Après la correction subie à la Saint-Nicolas, les Bourses américaines ont plongé dans le rouge. Les brusques changements de cap temporaires observés en cours de séance témoignent également du sentiment d'incertitude. Le S&P500 a ainsi cédé 2% lundi pour ensuite clôturer la journée légèrement dans le vert. Le sentiment s'est détérioré à la suite d'un concours de circonstances. Il y a tout d'abord la crainte d'un ralentissement de la croissance (alimentée par une courbe des taux quasiment inversée) et le conflit commercial qui s'enlise. Ensuite, les investisseurs peuvent de moins en moins compter sur les banques centrales pour obtenir le soutien nécessaire en période d'incertitude. Ajoutez à cela les soucis causés par le Brexit et le budget italien. Après un bon cru 2017, les investisseurs replongent dans l'habituelle volatilité boursière. Mais cette agitation est-elle justifiée? Il convient de replacer les éléments dans leur contexte.

Courbe des taux inversée

Face à l'incertitude planant sur l'inflation et la croissance économique, les investisseurs obligataires exigent généralement des taux plus élevés pour des durées plus longues. Ces derniers jours, la courbe des taux (niveau des taux en fonction de la durée) a été surveillée de près aux États-Unis. Car dans le passé, la courbe des taux américains s'est toujours inversée à l'approche d'une récession. En d'autres termes, le taux à 10 ans était inférieur au taux à 2 ans. La différence n'est pas encore négative pour l'instant, mais nous nous en rapprochons fortement (0,13%).
 

Le passé nous enseigne qu'un net ralentissement de la croissance se produit au plus tôt 10 mois après l'inversion et se fait en moyenne attendre 21 mois. La croissance n'est donc pas près de s'enrayer. Les économistes se demandent en outre si la courbe des taux est un indicateur de récession fiable. Les taux à long terme sont inférieurs à la normale, en raison du rachat d'obligations par les banques centrales. Le vieillissement de la population et une inflation résolument basse compriment également les taux.  

Ralentissement de la croissance?  

États-Unis:

l'économie américaine tourne à plein régime maintenant que presque tous les indicateurs sont au vert et que les indicateurs avancés augurent même une nouvelle accélération de l'activité. Le consommateur tient la forme, grâce à un taux de chômage historiquement bas. La crainte d'une récession, alimentée par l'aplatissement de la courbe des taux, semble donc largement exagérée.

La Chine:

qui est la deuxième économie mondiale, voit sa croissance décélérer à 6%. Les données récentes, comme la confiance des producteurs, brossent toutefois un tableau rassurant. Le moral des producteurs a remonté, ce qui dénote une croissance stable et assez vigoureuse. Il n'est donc absolument pas question d'un atterrissage forcé en Chine. 

En Europe:

par contre, nous assistons à un ralentissement manifeste depuis le début de l'année. Le troisième trimestre a en outre été plus mauvais que prévu, même si ce revers semble essentiellement imputable à des facteurs temporaires, tels que de nouvelles mesures pour l'important secteur automobile. L'activité économique devrait donc se redresser quelque peu au quatrième trimestre, en particulier en Allemagne, qui tient lieu de locomotive européenne et où le secteur automobile digère les mesures mises en œuvre. 

Le prix du pétrole:

la baisse du prix du pétrole donne en outre un coup de pouce aux entreprises et aux consommateurs.
 

Resserrement de la politique monétaire 

  • Les taux directeurs ont été relevés, principalement aux États-Unis. Il s'agit d'un signal positif. Une hausse des taux va en effet de pair avec une économie vigoureuse.
  • Mais des relèvements de taux supplémentaires de la Réserve fédérale (Fed) alimentent la crainte d'interventions excessives. Donald Trump a ainsi qualifié la banque centrale de 'folle' le mois dernier, mais le président de la Fed, Powell, souligne qu'il est conscient d'un possible recul des données économiques. Il pourrait ainsi réduire le rythme, jusqu'ici soutenu, des resserrements monétaires. Il a également indiqué que les taux à court terme se rapprochent fortement du niveau neutre (où l'économie n'est ni stimulée ni freinée).
  • Qu'en est-il en Europe? Rien de tout cela: la politique monétaire y demeure assez souple. L'inflation de base résolument faible et la chute du prix du pétrole indiquent qu'un franc relèvement de taux n'est pas prévu pour tout de suite. La politique de crise s'arrêtera à la fin de cette année, mais le bilan colossal de la Banque centrale européenne sera réinvesti. Il n'y a donc pas lieu de craindre une forte remontée des taux dans l'immédiat.  

Conflit commercial

Le conflit commercial reste le principal trouble-fête sur les marchés. Toute communication à ce sujet, qu'elle soit positive ou négative, engendre une forte réaction (excessive?) des Bourses. Le tableau reste toutefois mitigé:

  • En Amérique du Nord, l'accord États-Unis - Mexique - Canada (AEUMC) remplace l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), vivement critiqué par Trump.
  • Les négociations entre l'UE et les États-Unis se poursuivent, mais aucune avancée majeure n'a été réalisée depuis l'accord entre Donald Trump et Jean-Claude Juncker. D'où la crainte larvée d'une hausse des tarifs, en particulier pour les voitures.
  • Le conflit commercial sino-américain constitue la principale menace. Une percée était attendue au sommet du G20 en Argentine. Le cessez-le-feu entre Donald Trump et Xi Jinping a dans un premier temps été salué par les marchés, mais l'enthousiasme est retombé à mesure qu'il était davantage interprété comme un non-accord.
  • Les tensions entre les États-Unis et la Chine devraient persister. Elles ont clairement un impact et elles pèsent sur les prévisions de croissance, mais elles ne sont pas de nature à déclencher une récession mondiale.
     

Contexte politique en Europe

Brexit:

un problème qui traîne en longueur et qui a surtout plombé la livre sterling pour l'instant. La première ministre Theresa May, qui fonçait tout droit vers la défaite, a annulé le vote crucial sur l'accord conclu précédemment avec l'Europe. Le plus grand obstacle reste la solution pour la frontière (nord-)irlandaise. L'espoir de May d'obtenir de meilleures conditions de la part de l'Europe semble balayé par le refus du président du Conseil de l'UE, Donald Tusk, de renégocier l'accord. La saga du Brexit se poursuit donc, avec son lot d'incertitudes. La suite au prochain épisode...

Essoufflement du tandem franco-allemand:

les deux pays devaient relancer ensemble le projet européen. En Allemagne, cependant, Merkel a fait ses adieux et les élections ont débouché sur un paysage politique plus fragmenté. Le président français Macron, dont la popularité s'effritait depuis quelque temps, s'est retrouvé dans de sales draps. À cela s'ajoute un budget rouge foncé, à la suite de la suppression de l'augmentation des taxes (sur l'énergie). Cela nuit non seulement à la crédibilité de la France sur la question climatique (elle a elle-même organisé le sommet sur le climat à Paris en début d'année), mais aussi au respect des normes de Maastricht (déficit budgétaire inférieur à 3%). La France accuse depuis des années un déficit plus important que le pays voisin du sud.

l'Italie:

depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement, l'Italie est en conflit avec l'Europe en matière de budget et de migration. Le conflit budgétaire ne semble pas pouvoir être résolu immédiatement étant donné la faible croissance, l'endettement élevé et la réticence politique à la réforme. Il devrait passer au second plan jusqu'après les élections européennes, mais l'Italie restera le canard boiteux. La prime de risque exigée par les investisseurs restera donc élevée dans les prochains mois.

Le pacte migratoire:

En outre, des questions telles que le pacte migratoire révèlent un désaccord entre les pays d'Europe occidentale et centrale.


En résumé

La vigueur de l'économie mondiale demeure intacte et représente, jusqu'à nouvel ordre, le principal indicateur pour les Bourses. Les États-Unis enregistrent la plus forte croissance et la crainte d'une récession alimentée par une courbe de taux plane paraît infondée sur la base des données économiques. Il convient toutefois de suivre avec une attention accrue l'évolution du conflit commercial. Le changement d'humeur a engendré une correction boursière particulièrement sévère. Si l'on ajoute à cela les excellents résultats des entreprises, les Bourses semblent très attrayantes. Les fondamentaux positifs nous incitent donc à regarder au-delà des turbulences en Europe et du conflit commercial et à adopter une vision plutôt positive des actions, avec une préférence pour l'Europe.
 

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