Entretien avec l'équipe solaire
En Australie avec l’Innoptus Solar Team
L’Innoptus Solar Team de la KU Leuven a remporté la médaille de bronze lors des championnats du monde de course de voitures solaires qui se sont déroulés en Australie en août dernier. Les étudiants de la KU Leuven ont parcouru pas moins de 3.021 kilomètres dans l'outback australien en cinq jours. Nous avons pu nous entretenir brièvement par vidéoconférence avec Julie Ter Hark et Kevin Vandeputte, des membres de cette équipe.
Avez-vous déjà récupéré un peu de cette période intense?
Kevin Vandeputte: « La course s'est terminée fin août. Entre-temps, nous voyageons depuis un mois pour récupérer un peu de cette année très intense. Ce fut un travail acharné et, parmi nous, bon nombre avaient besoin de prendre du recul pour réfléchir à tout ce qui s’est passé. »
Julie, dans votre rôle d’ingénieure en aérodynamique, aviez-vous des tâches supplémentaires dans la préparation de la course?
Julie Ter Hark: «J’étais déjà en Australie une semaine avant le reste de l’équipe pour reconnaître le parcours en sens inverse. Cela nous a permis de noter les circonstances de circulation et les particularités sur le trajet, dont nous allions devoir tenir compte pendant la course.»
Cela a dû demander une solide adaptation de vivre soudainement avec autant de personnes sur un autre continent. Comment s'est déroulée la dynamique de l'équipe?
Kevin Vandeputte: «Cela s’est assez bien passé. Du jour au lendemain, nous avons vécu tous ensemble dans la même maison et, de là, nous partions toujours ensemble à l’atelier, ce qui, naturellement, rendait l’expérience encore plus intense. Au bout d’un an de collaboration, nous formions une équipe soudée, car nous connaissions les intérêts et la façon de travailler de chacun. Tout s’est bien passé dans la période de préparation à la course. Ce n’est qu’après la course que la fatigue s’est emparée de chacun de nous et nous avons eu besoin de prendre un peu de recul.»
Julie Ter Hark: «Ce que j'ai le plus apprécié dans la cohabitation, c'est l'efficacité. Comme vous vivez ensemble, vous pouvez vraiment tout planifier au mieux : le transport, mais aussi la cuisine et tout le reste. Vous pouvez tout optimiser afin que chacun accomplisse les tâches qui lui conviennent de la manière la plus efficace.»
Avant cela, vous ne vous connaissiez pas vraiment?
Kevin Vandeputte: «C’est vrai : chaque personne postule individuellement et rejoint ensuite l’équipe. Du coup, la plupart d'entre eux ne se connaissaient pas encore et vous passez donc de tout ou rien pour nouer une collaboration très intensive.»
S'agit-il toujours des mêmes profils, comme des étudiants ingénieurs?
Julie Ter Hark: «Le monde de l'ingénierie compte de nombreux esprits brillants, bien sûr, mais l'aspect collaboratif est tout aussi important. Nous avons recherché des profils intelligents, passionnés et ambitieux, mais aussi des personnes dotées d'un solide esprit d’équipe et capables de collaborer efficacement dans un groupe.»
Kevin Vandeputte: «Ce sont en effet des profils différents, mais tous ont une formation technique. Nous avons par exemple des bio-ingénieurs, des ingénieurs commerciaux, des ingénieurs civils et industriels. Chacun a sa propre spécialité — certains se concentrent sur l’énergie, d’autres sur l’aérodynamique — mais nous avons aussi des profils commerciaux dans l’équipe.»
Avez-vous pu utiliser la voiture solaire d’une édition précédente ? Ou est-elle reconstruite à chaque fois depuis zéro?
Julie Ter Hark: «Notre philosophie est de ne pas reprendre simplement des pièces des voitures précédentes. Tous les deux ans — cette année, c’était notre tour de construire — une nouvelle voiture est construite. Bien sûr, nous apprenons beaucoup des concepts et des connaissances des équipes précédentes. Nous analysons les problèmes et les points à améliorer. Mais nous ne reprenons pas physiquement les pièces, car l’innovation est pour nous une priorité.»
Kevin Vandeputte: «Le championnat du monde encourage également cette démarche par le biais de sa réglementation. Toutes les X années, elle est entièrement remaniée. C’était le cas cette année, ce qui nous a obligés à repenser notre approche, notamment avec une batterie beaucoup plus petite et un véhicule plus grand. Impossible, dès lors, de se contenter de reprendre des composants.»
La promotion des technologies vertes fait aussi partie de vos missions.
Kevin Vandeputte: «Les améliorations que nous constatons d'une génération à l'autre sont incroyablement rapides. Nous analysons en permanence le marché à la recherche de nouvelles technologies en matière de cellules solaires, de batteries et de moteurs. Les progrès sont énormes. Toutefois, nous sommes encadrés par des règles strictes. Les organisateurs ne veulent pas que les voitures deviennent trop rapides, car nous empruntons la voie publique avec d’autres usagers de la route. C’est pourquoi, par exemple, la capacité de la batterie a été divisée par trois cette année, ce qui nous a obligés à trouver des solutions ingénieuses pour aller loin et vite malgré une batterie plus petite.»
Julie Ter Hark: «Les organisateurs préfèrent d'ailleurs parler de « Challenge « plutôt que de « course ». Ce n'est pas une course de Formule 1, ils ne veulent pas être les plus rapides ou les plus dangereux. Pour eux, il s'agit de l'histoire de l'avenir de l'énergie solaire. C'est pourquoi ils limitent aussi la vitesse par le biais de la réglementation.»
Cette année, vous n'avez visiblement pas été épargnés par les revers?
Kevin Vandeputte: «En effet. Nous avons connu une crevaison, et le dernier jour, la voiture est arrivée avec une batterie vide, car nous avions vraiment poussé jusqu’à la limite. À cause du mauvais temps, nous n’avons pas pu recharger ni le soir ni le matin. Beaucoup d’anciens membres de l’équipe ont trouvé que c’était l’une des courses les plus palpitantes depuis des années, car même après 2.000 kilomètres, nous nous trouvions parfois à dix secondes seulement de nos concurrents. Le stress était terrible, car nous étions amenés à prendre des décisions en permanence.»
Julie Ter Hark: «Le temps n’était pas de notre côté non plus, avec des pluies soudaines et beaucoup de vent. C'était même dangereux à certains moments.»
Vous devez en avoir tiré des leçons importantes pour l'année prochaine?
Kevin Vandeputte: «Absolument. Nous sommes en train de rédiger un rapport complet et avons encore chaque jour des contacts avec la nouvelle équipe qui est déjà à l’œuvre en Belgique. Le transfert de connaissances est extrêmement important, et deux personnes de la nouvelle équipe nous ont même accompagnés en Australie. La motivation est au rendez-vous, cette fois encore. L’année prochaine, nous repartirons avec la même voiture, que nous allons améliorer, pour tenter à nouveau de détrôner l’équipe de Delft. La course de 2026 est déjà choisie : nous irons aux États-Unis.»
Bonne chance!
«Ce que fait l’Innoptus Solar Team va bien au-delà de la technologie. Ils ne construisent pas seulement une voiture solaire, ils façonnent une histoire qui inspire, innove et crée du lien. Leur performance en Australie montre comment de jeunes talents, animés par une vision et un solide esprit d’équipe, repoussent les limites de la mobilité durable. Un parfait exemple de la manière dont on construit un récit autour de valeurs essentielles: l’innovation, la durabilité et l’engagement humain.»
Jurgen Vandevrelde, directeur marketing et communication chez KBC
Cette nouvelle ne constitue ni une recommandation d'investissement ni un conseil.