Maîtriser, fidéliser et recruter
Tom Dejonghe, Sylva De Craecker, Acerta
Plus de la moitié des petites et moyennes entreprises de notre pays (52,5%) prévoient d'embaucher du personnel supplémentaire cette année. Ce taux n’a jamais été aussi élevé ces dernières années. Plus d’une PME sur trois estime donc que les perspectives économiques pour le semestre à venir sont positives, tandis qu’une sur quatre se montre moins optimiste. Près de 6 petites et moyennes entreprises belges sur 10 prévoient en effet de tenter de réduire encore davantage leurs coûts au cours des six prochains mois en raison de la conjoncture économique difficile et instable. C’est ce qui ressort du baromètre semestriel de l’emploi des PME réalisé par le prestataire de services RH Acerta en collaboration avec les organisations professionnelles ETION et VKW Limburg.
Deux fois par an, Acerta et les organisations professionnelles ETION et VKW Limburg sondent les attentes futures des PME belges de 5 à 100 travailleurs. Comment les dirigeants de PME envisagent-ils les six prochains mois? Compte tenu du contexte économique difficile, les entreprises misent moins sur la croissance et davantage sur la gestion des coûts (58,3%) et l’efficacité, comme le montre l’enquête. Cela se traduit principalement par des réorganisations internes du personnel (31,3%), des recrutements reportés (24,4%) et des prévisions de licenciements assez élevées. 15,3% des PME pensent devoir licencier des salariés sous contrat à durée indéterminée au cours des six prochains mois.
Pourtant, les chiffres font également état d’évolutions positives. Plus de la moitié des dirigeants de PME (52,5%) ont l’intention de recruter du personnel supplémentaire au cours des six prochains mois. Il s’agit de la proportion la plus élevée depuis les débuts du baromètre PME en 2021.
C’est assez frappant, compte tenu des évolutions fulgurantes de l’IA, qui entraînent la disparition de certaines fonctions ou leur réorientation. De plus, 13,2% pensent qu’elles pourront également recruter ces collaborateurs "(très) facilement". Ce taux a presque doublé par rapport à la précédente enquête réalisée il y a six mois, où à peine 7,3% des personnes interrogées considéraient cette recherche comme "facile". Cet optimisme n’empêche toutefois pas que 60,4% des entreprises continuent de trouver particulièrement difficile de recruter des talents adaptés.
Kathelijne Verboomen, directrice du Centre de connaissances Consult chez Acerta: "L’enthousiasme croissant à l’idée de recruter témoigne de la résilience des PME. Les dirigeants d’entreprise prennent conscience que le contexte économique turbulent actuel est la nouvelle norme dans laquelle ils doivent évoluer. L’imprévisible est la seule certitude. Petit à petit, ils adaptent leur activité à cette nouvelle réalité et découvrent de nouvelles perspectives commerciales pour lesquelles ils doivent rechercher des talents adaptés. Dans le même temps, notre baromètre nuance le discours dominant sur l’IA: les PME s’attendent surtout à ce que l’intelligence artificielle rende leur fonctionnement plus efficace à court terme (55,6%), tandis que les conséquences attendues en termes de suppression d’emplois restent pour l’instant limitées (16,3%)."
Geert Janssens, économiste en chef chez ETION: "Les résultats témoignent d’une combinaison remarquable de réalisme et de confiance. Les PME se préparent à un contexte économique incertain en misant davantage sur l’efficacité, la numérisation et la gestion des coûts, tout en continuant à investir dans leurs collaborateurs. Ce nombre record d’entreprises souhaitant recruter du personnel supplémentaire montre que de nombreux dirigeants d’entreprise continuent de voir des opportunités de croissance. Le défi consistera à associer l’innovation technologique, notamment l’IA, à des investissements dans les compétences et la productivité. Pour les PME, il s’agit de la seule façon de renforcer durablement leur compétitivité."
Le recrutement de talents reste un défi majeur pour les PME
L’enthousiasme à l’idée de recruter grandit, mais cela ne fait pas du recrutement une réalité. On constate que la recherche et la fidélisation des talents restent de loin les principaux défis en matière de ressources humaines pour les PME. Près de 6 employeurs PME sur 10 (57,5%) considèrent que le recrutement des bons collaborateurs figure parmi les trois principaux défis pour le reste de l’année 2026. Viennent ensuite la fidélisation des collaborateurs (47,5%) et la promotion du bien-être mental (36,8%).
Kathelijne Verboomen: "À la question de savoir dans quels domaines des ressources humaines les dirigeants de PME souhaitent investir au cours des six prochains mois pour relever ces défis, 36,9% placent la "formation et le développement des collaborateurs" en tête de liste. En investissant dans la reconversion (reskilling) et le perfectionnement (upskilling), vous rendez les collaborateurs durablement employables et vous les orientez vers de nouveaux rôles et de nouvelles tâches. Les employeurs souhaitent quant à eux pallier l’absentéisme en investissant dans "le bien-être, un travail faisable et la prévention" (25,8%). Un peu moins de 23% des employeurs prévoient d’investir dans la "numérisation et/ou l’automatisation des processus RH" afin de répondre aux besoins en talents qualifiés."
Ruben Lemmens, administrateur délégué auprès de VKW Limburg: "Le fait que, malgré un contexte économique difficile, les PME continuent aujourd’hui à miser de manière ambitieuse sur le recrutement en dit long sur leur esprit d’entreprise et leur forte orientation vers la croissance. Cela mérite d’être salué. Dans le même temps, nous constatons que, bien que la pénurie de main-d’œuvre ait quelque peu diminué, la plupart des PME continuent de rencontrer de grandes difficultés pour trouver du personnel qualifié."
"Il est encourageant de constater qu’autant d’entreprises s’investissent fortement dans la formation et le développement. Elles cherchent non seulement des solutions pour aujourd’hui, mais elles s’attachent aussi délibérément à renforcer l’employabilité durable et à préparer les emplois de demain. C’est précisément pour cette raison que les autorités doivent tout mettre en œuvre pour que l’entrepreneuriat reste viable: en simplifiant la réglementation, en fluidifiant les procédures d’autorisation et en réduisant autant que possible les charges administratives, notamment dans le cadre de la législation sur la transparence salariale."
Maîtriser les frais de personnel
En raison des difficultés rencontrées pour trouver du personnel qualifié, combinées à des perspectives économiques pas toujours très optimistes (23,1% des dirigeants d’entreprise les estiment plutôt très négatives), les PME s’efforcent également davantage de maîtriser leurs frais de personnel. Bien que près d’un dirigeant d’entreprise sur trois (29,8%) n’ait pas l’intention de prendre des mesures pour réduire les frais de personnel, 31,3% d’entre eux procèdent à une réorganisation des tâches et des fonctions au sein de leur entreprise. Près d’autant de PME (27,2%) misent sur la numérisation et/ou l’automatisation afin de réduire leurs coûts, tandis que 23,9 % prévoient de reporter ou de limiter leurs embauches.
Figuur 3 Hoe willen de kmo-werkgevers de personeelskosten indammen het volgende semester? – KMO Werkbarometer
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À propos des chiffres
Ces données sont issues du dernier baromètre de l’emploi des PME qui est réalisé deux fois par an par Acerta, en collaboration avec les organisations professionnelles ETION et VKW Limburg, auprès d'employeurs-PME (de 5 à 100 travailleurs). 308 PME ont participé à la présente édition de mai 2026.
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La soif de puissance de calcul de l'IA
L'essor de l'intelligence artificielle (IA) stimule la demande de puissance de calcul. Mais les centres de données d'IA sont construits plus vite qu'ils ne sont connectés au réseau, ce qui fait de l'électricité un goulot d'étranglement majeur.
La puissance de calcul est le moteur de notre économie et de notre société numériques. C'est surtout aux États-Unis que de grands centres de données, sortes de superordinateurs fournissant la puissance de calcul, sortent de terre à un rythme effréné. "La demande de puissance de calcul est beaucoup plus importante que l'offre", déclare Joris Franck, Portfolio Manager et expert technologie chez KBC Asset Management.
La demande de puissance de calcul augmente depuis des décennies: des puces plus puissantes permettent de nouvelles applications qui, à leur tour, stimulent la demande. "L'IA lui a aujourd'hui donné un solide coup de pouce. C'est comme si sur la même autoroute numérique ne circulaient plus des voitures, mais des camions."
Capital et électricité
La construction de centres de données supplémentaires n'est pas la solution. "Les centres de données d'IA sont extrêmement intensifs en capital et techniquement complexes. Chaque nouveau centre de données repousse les limites du possible", déclare Joris Franck. "En outre, ils diffèrent fondamentalement de leurs prédécesseurs. Les centres de données classiques fonctionnent principalement avec des CPU (Central Processing Unit) et prennent en charge des applications telles que les sites web, le streaming et les logiciels cloud. Les centres de données d'IA sont construits pour entraîner et utiliser des modèles d'IA."
Cette différence se rencontre également au niveau du hardware. "Les centres de données d'IA fonctionnent principalement avec des GPU (Graphics Processing Unit) ou accélérateurs d'IA. Les ingénieurs font travailler ensemble des centaines de milliers - et bientôt peut-être des millions - de GPU dans un seul cluster. Un million de GPU coûte facilement 30 milliards de dollars. Et c'est sans compter le bâtiment, l'alimentation électrique et le reste de l'infrastructure."
La part physique de cette infrastructure se résume essentiellement à la demande d'énergie. "Les plus grands centres de données d'IA sont conçus pour consommer en permanence environ un gigawatt", explique Jonas Theyssens, Portfolio Manager et expert industrie chez KBC Asset Management. "Cela représente environ 24 gigawattheures par jour, ce qui équivaut approximativement à la consommation quotidienne de quelque 750 000 ménages."
"Aux États-Unis, pour la première fois depuis une quinzaine d'années, on observe une nette augmentation de la demande d'électricité", explique Jonas Theyssens. "La combinaison de l'électrification des voitures et des pompes à chaleur, et des centres de données en tant que nouveaux gros consommateurs, engendre une hausse structurelle de la demande." Pourtant, selon Jonas Theyssens, la racine du problème ne réside pas dans une pénurie absolue d'électricité. "Le problème fondamental est que l'électricité est un produit physique qui doit être fourni localement en continu. L'électricité ne se déplace pas facilement. Et c'est précisément là que le bât blesse: les centres de données se concentrent dans des régions spécifiques où ils monopolisent d'énormes capacités simultanément."
Le monde numérique raisonne en trimestres, alors que le monde de l'électricité compte en années ou en décennies. Sans connexion, même le centre de données le plus avancé reste une boîte vide.
Jonas Theyssens, Portfolio Manager et expert industrie KBC Asset Management
Cela provoque un goulot d'étranglement dans le réseau électrique. "Historiquement, les réseaux n'ont pas été conçus pour de tels pics de charge et encore moins pour le rythme auquel nous lançons de nouveaux projets. Le time-to-power devient par conséquent crucial. La construction d'un centre de données est relativement rapide (de l'ordre d'un an et demi à deux ans), mais l'accès à l'électricité prend beaucoup plus de temps. Dans certaines régions, les délais d'attente pour le raccordement au réseau peuvent atteindre sept ans. Le monde numérique raisonne en trimestres, alors que le monde de l'électricité compte en années ou en décennies. Sans connexion, même le centre de données le plus avancé reste une boîte vide."
Dans certains cas, un agent d'IA peut même coûter plus cher qu'un collaborateur humain.
Joris Franck, Portfolio Manager et expert technologie KBC Asset Management
Entre-temps, le prochain accélérateur de la demande se profile déjà. "Les agents d'IA consomment facilement dix mille fois plus de puissance de calcul qu'un chatbot", explique Joris Franck. "Il s'agit de logiciels qui exécutent des tâches de manière autonome en pilotant des modèles d'IA sous-jacents. Ces modèles traitent les instructions et les informations sous forme de tokens, soit de petits fragments de texte ou de données. Il se dit que des entreprises auraient déjà épuisé en quelques mois leur budget de tokens d'une année. Dans certains cas, un agent d'IA peut même coûter plus cher qu'un collaborateur humain.
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Les formations à l'IA ont du succès
Sylva De Craecker - Acerta
Un employé sur cinq dans notre pays a suivi au moins un cours de formation à l'IA l’année dernière.
Bien que la loi européenne sur l'IA n'impose pas un niveau spécifique de littératie en IA, les organisations restent tenues de soutenir le développement des connaissances et compétences IA de leurs collaborateurs. L'enquête d'Acerta révèle que les entreprises belges continuent par conséquent à investir dans les formations à l'IA, non seulement pour se conformer à la réglementation, mais aussi par nécessité économique et sociale.
L'offre augmente, mais reste limitée
Les employeurs sont de plus en plus conscients de l'urgence d'une bonne utilisation de l’IA. Le nombre d’employeurs comptant au moins 10 travailleurs ayant dispensé l’année dernière des formations sur l’utilisation de l’IA à l’ensemble ou à une partie de leurs effectifs a augmenté de près de 15%. Aujourd’hui, une entreprise sur trois (32%) utilise l'IA.
Les possibilités offertes par l’IA augmentent chaque jour, tandis que les risques liés à son utilisation irréfléchie sont bien réels. Or, il est préoccupant de constater que, pour l’instant, seule une entreprise sur trois propose des formations à l’IA à ses travailleurs. Les employeurs devraient donc étudier de près l’impact de l’IA sur les fonctions au sein de l’entreprise. Les entreprises sous-estiment parfois encore le fait que pratiquement tous les travailleurs seront tôt ou tard confrontés à des applications d’IA. Avec notre chaire à la KU Leuven, nous étudions l’impact de l’IA sur les tâches et les processus au sein d’une fonction. Nous savons ainsi à quoi celle-ci ressemblera à l’avenir et quel niveau de connaissance de l’IA elle exigera. Sur cette base, nous pouvons élaborer l’offre de formation dont les travailleurs ont réellement besoin, afin qu’ils puissent mettre en pratique dans leur travail quotidien la formation suivie.
Hannelore Van Meldert, experte IA chez Acerta
Le fait que 2 entreprises sur 3 ne proposent pour l’instant aucune formation sur l’utilisation de l’IA ne signifie pas qu’elles ne s’y intéressent pas. Un employeur sur trois (29,8%) envisage de commencer à proposer des formations à l'IA au cours de l’année à venir. Environ quatre entreprises sur dix (38,1%) indiquent toutefois qu’elles n’ont pas l’intention de proposer des formations à l'IA à leurs travailleurs.
L’intérêt des travailleurs est pourtant élevé. L’année dernière, plus d’un travailleur sur cinq (21,4%) dans notre pays a déjà suivi une ou plusieurs formations sur l’utilisation de la technologie de l’IA par l’intermédiaire de son employeur. Près de 8 travailleurs sur 10 n'en ont donc pas encore suivi, mais 6 sur 10 (59,1%) envisagent de s'y mettre cette année.
Tout le monde n’en voit pas l’importance
Les entreprises qui ne proposent pas encore de formations à l’IA expliquent également pourquoi dans l’enquête d’Acerta. Seuls 34,5% des employeurs considèrent l’IA comme (très) importante au sein de leur organisation, tandis que 40,5% ne la jugent pas (du tout) essentielle et que 25% restent neutres. Plus la taille de l’entreprise augmente, plus les travailleurs et les employeurs accordent de l’importance à l’IA.
L’intelligence artificielle peut fournir des réponses erronées, car elle ne réfléchit pas réellement. Partager sans discernement les données de l’entreprise avec un outil d’IA public est également peu judicieux. À l’inverse, l’IA offre un énorme potentiel pour gagner en productivité ou développer plus rapidement des connaissances. Les employeurs ont donc intérêt à jouer la carte de la sécurité en formant leurs collaborateurs à l’utilisation de l’IA.
Hannelore Van Meldert, experte IA chez Acerta
À propos des chiffres
Les données proviennent de l’enquête Miroir annuelle réalisée par Acerta avec le soutien de Bart Meuleman, sociologue et spécialiste en méthodologie d'enquête et professeur à la KU Leuven. L'enquête a été réalisée par le bureau d'études Indiville auprès d'un échantillon de plus de 600 employeurs belges et plus de 2 000 travailleurs.
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