Nouveau tournant en vue
Où en sommes-nous aujourd'hui?
Donald Trump veut conclure un accord d'ici le 6 avril. Des pourparlers diplomatiques sont en cours après un mois de guerre, mais la guerre continue de faire rage sur le terrain. Le détroit d'Ormuz est à peine ouvert.
L'escalade reste réelle.
Les États-Unis manœuvrent entre négociations et menaces militaires. L'Iran se montre très strict concernant le passage dans le détroit d'Ormuz. Le fait que les Houthis se rangent du côté de l'Iran renforce la position de négociation de ce dernier.
Conséquences sur l'économie et les Bourse.
Les prix élevés de l'énergie et la perturbation des échanges commerciaux risquent d'entraîner une hausse de l'inflation sur fond d'arrêt de la croissance économique. Il s'agit là d'une situation délicate pour les investisseurs et les banques centrales. L'Europe et l'Asie restent les plus vulnérables.
Portefeuilles.
Le poids des actions se maintient dans le bas de la zone neutre, avec une préférence prudente pour les actions américaines. Nous avons récemment anticipé une détente du conflit, en relevant quelque peu les banques américaines et les matériaux. Nous sommes néanmoins prêts à réduire les risques en cas d'aggravation du conflit.
La voie diplomatique est ouverte, mais le détroit d'Ormuz reste fermé
La guerre en Iran dure depuis un mois. Des pourparlers diplomatiques semblent se dessiner pour la première fois, avec le Pakistan comme médiateur. L'objectif ne consiste pas à trouver immédiatement une solution politique globale, mais à libérer le détroit d'Ormuz, à l'origine d'importants dégâts économiques.
Dans le cadre des négociations, l'Iran accorde de manière sélective l'accès au détroit d'Ormuz selon ses conditions. Dans l'intervalle, l'Iran semble également jouer une nouvelle carte maîtresse: les rebelles Houthis du Yémen s'engagent dans le conflit. Ils sont capables de couper l'accès à la mer Rouge et de menacer le port pétrolier occidental de l'Arabie saoudite.
Les États-Unis s'engagent pour leur part sur une double voie. Washington semble toujours à la recherche d'un accord, avec une issue élégante. Dans le même temps, il accroît la pression militaire, en déployant des Marines et des troupes aéroportées supplémentaires. L'envoi de troupes au sol risque toutefois d'entraîner de lourdes pertes pour les deux parties, tant sur le plan militaire qu'en termes d'infrastructures.
Les États-Unis ont certes encore une préférence pour un accord, mais l'Iran se sent renforcé par sa mainmise sur l'économie mondiale. Un point d'interrogation subsiste quant à l'attitude d'Israël à l'égard d'une fin rapide du conflit.
Conséquences sur l'économie et les Bourses: hausse de l'inflation + ralentissement de la croissance
Le tableau s'assombrit sur le plan économique. Les prix élevés de l'énergie et les perturbations commerciales dopent l'inflation et freinent la croissance économique. À cet égard, l'Europe est plus vulnérable que les États-Unis. La cherté du pétrole frappe durement l'Europe, qui dépend des importations de combustibles fossiles. L'Asie est également vulnérable à une perturbation prolongée de l'approvisionnement en pétrole et en gaz. Les consommateurs américains pâtissent de la hausse du prix du pétrole, mais en tant qu'exportateurs nets de combustibles fossiles, les États-Unis voient aussi leurs revenus augmenter. Donald Trump va peut-être devoir commencer à se concentrer sur les élections de mi-mandat au début novembre. Comment les consommateurs digéreront-ils les augmentations de prix?
À en juger par l'évolution des marchés financiers, les investisseurs ne croient pas encore en une véritable normalisation du conflit. Le taux américain à 10 ans a grimpé à 4,4%, tandis que son homologue allemand a franchi la barre des 3%. Les banques centrales semblent garder la tête froide et ne sont pas pressées de relever rapidement leur taux directeur.
La situation est précaire sur les marchés d'actions. Les Bourses américaines ont perdu du terrain. Le Nasdaq est pour sa part officiellement entré en phase de correction (-10%), même si le raffermissement du dollar a permis de limiter quelque peu les pertes pour les investisseurs européens. Les actions européennes se maintiennent environ 10% en dessous du pic de février.
L'heure de vérité approche
Le scénario d'une guerre d'environ 4 à 6 semaines avec une réouverture progressive du détroit d'Ormuz a selon nous autant de chance de se réaliser que le scénario d'un conflit plus long avec des primes de risque structurellement plus élevées. Mais le pire scénario (nouvelle escalade (militaire) avec d'importants dommages matériels) n'est pas exclu. Nous attendons avec impatience l'ultimatum du 6 avril avancé par le président Trump.
La première grande question est de savoir si la pression exercée par les États-Unis se traduira par de nouvelles frappes (plus lourdes) ou si elle favorisera la voie diplomatique. Il est aussi possible que le président Trump reporte à nouveau son ultimatum.
Un deuxième facteur crucial est l'attitude de l'Iran pendant la phase diplomatique. Les dirigeants iraniens semblent tout sauf disposés à faire d'importantes concessions, ce qui soutient le scénario d'une prolongation des perturbations.
En outre, une normalisation des prix des assurances maritimes demeure essentielle. Sans assurance abordable, les escortes militaires et les promesses politiques restent insuffisantes pour relancer véritablement le commerce par le détroit d'Ormuz. La nouvelle menace des Houthis pourrait même compliquer cette normalisation.
Le prix du pétrole reste aussi un baromètre direct. Le maintien du prix du baril de brut au-dessus de 110 USD est considéré comme une confirmation que les Bourses s'attendent à une prolongation des perturbations.
Enfin, l'escalade militaire reste un élément déclencheur clé. Des attaques supplémentaires sur des installations énergétiques, des îles stratégiques et des infrastructures nucléaires ou d'autres actions des Houthis risquent d'entraîner une escalade rapide du conflit.
Nous suivons de près chacun de ces 5 éléments déclencheurs afin d'ajuster nos scénarios et probabilités si nécessaire.
Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs?
Les investisseurs ne peuvent que constater que la panique de ces dernières semaines s'est quelque peu atténuée, mais sans céder la place à une véritable normalisation. Il y a donc fort à parier que les conséquences économiques et financières se feront sentir plus longtemps que prévu.
Nous ne changeons pas notre allocation des actifs pour l'instant: nous sous-pondérons les actions qui se situent dans le bas de la zone neutre. Dans le volet actions, nous avions anticipé une désescalade progressive la semaine dernière, en relevant les banques américaines et les matériaux.
- Si la guerre se limite à 4-6 semaines, nous pourrons miser encore davantage sur une reprise conjoncturelle. Nous gardons l'équilibre en Asie en surpondérant l'Asie émergente et en sous-pondérant les actions japonaises.
- Si le conflit dure plus longtemps ou si les dommages matériels s'intensifient grandement, nous examinerons une nouvelle réduction du risque au sein du portefeuille.
Nous suivons de près la situation sur la base de ces scénarios et procédons aux ajustements nécessaires.
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Cette nouvelle ne constitue ni une recommandation d'investissement ni un conseil.